Léo Porfilio et Dandy Carduelis, deux poètes français contemporains

Sur Deux poètes impeccables

Essai de critique littéraire à l’ancienne (XIXème siècle)

Sur « Les Expirations » de Léo Porfilio et « Neuf d’antan » de Dandy Carduelis

Jamais on ne crût relire avec autant d’éclat une forme de beauté classique, ressuscitée des cendres avec une telle maîtrise de la métrique ancienne. MM. Léo Porfilio et Dandy Carduelis ont gravé sur papier des œuvres originales où l’esprit de la grande poésie française a retenti. Leurs recueils sont abondamment fournis, ce sont des œuvres pleines et entières, dont le lecteur peut se délecter.

***

Léo Porfilio, « Les Expirations », Editions Robin, juillet 2018

couverture-les-expirations

Le recueil de M.Porfilio est de ceux qui ne se font plus guère. Il a l’implacable rigueur du mètre ancien, notamment du souverain alexandrin, et les sonorités âpres et limpides qui furent celles des grandes heures de la poésie. Les sonnets sont d’une facture franche et logique. A écouter sa chaîne Youtube (Sobosol de Saint-Mont), l’auteur est aussi habile et précis à l’oral qu’il l’est à l’écrit, sa voix rappelant le timbre hautement poétique et mélodieux du Français d’il y a encore 40 ans.

Les poésies de Porfilio sont baignées de la Nature, et de ses éléments, ses animaux, ses espaces, enfin ses horizons.

Les Expirations se classent dans les poèmes où la santé transparaît. Le recueil évoque ceux du grand Théodore de Banville pour la facilité d’écriture, la fluidité et la bonne facture des vers et des strophes, mais aussi Théophile Gautier pour la diversité des thèmes, se classant parmi l’inspiration authentiquement parnassienne.

Le Sang

Le ciel souffle des gaz jaunes, phosphorescents,

Pour étancher l’humeur qui jaillit de la plaie

Et qui teinte au passage un pan de la saulaie,

En arrosant les troncs de pleurs éblouissants.

 

L’essence qui ruisselle en flux incandescents

Quadrille la rivière et retient sous sa claie

L’astre, ce caillot d’or qu’un vent tiède balaie

Comme l’oeil endormi d’une tige d’encens

 

L’orange du soleil que le soir a tranchée

Coagule son jus sous l’écorce écorchée,

Et baigne lentement de lumière et d’amour

 

L’horizon cramoisi que son feu cautérise ;

Le fleuve éponge alors ce qui reste du jour

Pour qu’enfin la blessure immense cicatrise

***

Dandy Carduelis, « Neuf d’Antan », poèmes impressionnistes, Editions Edilivre, 2016

9782334122900

Quant à M. Dandy Carduelis, ces poèmes impressionnistes, dans le goût des peintres du même nom, raviront les fanatiques de Verlaine, Mallarmé pour la forme complexe, les jeux de rimes et ruptures de rythme, ainsi que le riche vocabulaire concret et sensible. L’auteur tient en haute estime l’Album Zutique où a sévit Rimbaud, lequel parodiait le Parnasse évoqué plus haut.

Le recueil de Carduelis est une vraie originalité. De forme hyper architecturé, comme le précédent, il se savoure. Le « poémien », comme il veut qu’on le nomme, se plaît à décrire minutieusement la Nature, les saisons, les plantes (ainsi du carduélis), les animaux. Beaucoup de ces poèmes forment ainsi un tableau bigarré aux néologismes curieux. La poésie de Carduelis est, en effet, très attaché à la forme plus qu’au fond du poème, elle s’embarrasse peu de sentiments – qu’elles n’évoquent qu’à compte-goutte -, l’auteur se défininissant comme misanthrope.

Il est à noter l’invention d’une structure poétique inédite : le Sonnet Ledzinskien, un quintillet à forme fixe « jouant sur la répétition et une curieuse disposition des rimes ». Elle provient de l’ami et collègue de Carduelis, Théo Ledzinski auquel l’auteur a, entre autres, dédié son recueil.

Nymphéas bleues saules

Sonnet ledzinskien

Bientôt froids seront les soirs

Sur le grand pays aux combres

Noirs. Un effroi sur les mares,

Des nuages vers en nombre ;

Ces nymphéas flottent, sombrent,

Loin, leurs jambes gigantesques

Peuvent saisir la pénombre

Et dessiner bien des fresques !

Les galants saules s’égarent

Relâchent leurs arabesques

Sur coiffe des nénuphars.

Ces longs doigts chevaleresques

Vont chatouiller les bombys

Danse nymphéa salix !

***

Conclusion

Ces deux recueils témoignent, à n’en point douter, du renouveau de la forme rimée et d’une volonté de structure en poésie, d’une métrique parfaite, voire d’une invention, d’un renouvellement dans le cas des quintillets de Carduélis.

Elles témoignent d’une nouvelle génération de poètes d’Occident, attachés vigoureusement à la forme, au style et au langage.

***

Cette émission avec le romancier, musicien et poète Romain Guérin témoigne, comme on l’a dit au dessus, d’un reviviscence de la haute poésie chez les jeunes Français, passionnés plus que jamais par les grands poètes de notre patrimoine et attachés à les faire revivre, et à en prolonger les beautés et enseignements.

1 commentaire

  1. La poésie vive, alerte et disciplinée de Léo Porfilio a retenu mon attention.
    Un style d’allure conventionnelle, tout en paraissant délesté du poids des rigueurs académiques, je me sens en communion de pensée.

    Aimé par 1 personne

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