Quelques remarques sur la Synthwave (2ème partie)

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Il est utile de rajouter quelques remarques après le grand article fait sur la Synthwave sur ce blogue. D’autres idées intéressantes à partager nous sont venus en tête, ce qui prend la forme d’un deuxième article sur le sujet si large et vaste du genre musical qualifié de Synthwave, OutRun, RetroWave.

Tout d’abord, la Synthwave prend sa base avec le groupe révolutionnaire et génial qu’est Daft Punk. Ce groupe, avec l’album événement Discovery, véritablement essentielle, a initié ce genre, l’a ancré dans notre modernité. Il suffit d’écouter un titre comme Voyager pour mesurer qu’il n’y a jamais eu meilleur morceau Synthwave que ce dernier : déjà, tout était là, présent, déjà mûr. Jamais aucun groupe Synth n’a réédité tel exploit, avec un souffle aussi naturel.

Ensuite, l’autre essor de la Synthwave, c’est le jeu vidéo GTA Vice City développé par le mythique Rockstar Games, repris par Rockstar North. C’est avec ce jeu que l’esthétique Synth a été popularisé, avec un côté gangster et années 80.

On ne peux oublier également l’OST du jeu Hotline Miami : 

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En outre, il faut insister sur l’aspect « archéofuturiste » de ce genre musical (le mot vient du regretté essayiste de génie Guillaume Faye). C’est un retour à l’arkhé, à l’origine, par le biais de la simplicité et de la profondeur mystique des harmonies, mais également un bond futuriste fou, un bond en avant nous menant vers un paradis espéré et inespéré, à la fois. 

La synthwave résume ainsi notre époque : elle est musique de transition (notre époque se cherche sur le plan de la technologie) mais une musique dont on sait, quelque part, qu’elle est immortelle et éternelle, par l’aspect immédiatement « mythique », culte de ses caractéristiques.

Cette musique fait l’apologie de la civilisation technologique, qui s’écoute très bien quand on roule en voiture par exemple, ou quand on marche dans la rue, en ville, en contemplant au hasard un commerce d’une marque de voiture en admirant la complicité de la musique et de la haute technologie et complexité des voitures d’aujourd’hui, en admirant les néons de la ville, cette pollution visuelle décriée par les écologistes mais qui conserve un étrange charme dont beaucoup de visuels graphiques du genre montrent la beauté spectrale, froide, mais tentante, abrasive. Mais c’est aussi, quelque part, un rêve d’un ailleurs paradisiaque, « anywhere, out of the world », selon le mot de Baudelaire, symbolisé par nombre d’images où, sur un vaste horizon, baigne ce soleil noir (pas le soleil noir propre à la mythologie nordique), mais ce soleil, parfois strié de lignes jaunes et violettes, évocatrices d’un confin du monde, du temps et de l’Univers.

Un réalisateur comme Stanley Kubrick avec 2001, Oddysée de l’Espace (qui pourrait également s’appeler Odyssée de l’Espèce) était déjà dans une forme d’archéofurisme, par sa vision des origines de l’homme et du futur, avec notamment la séquence dans l’espace avec les lumières de l’infini.

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En matière musicale, la basse synthétique est la base de la musique, elle marque les lignes fondamentales d’un morceau synth. Quant aux harmonies du synthé, quasi orchestrales, elles symbolisent le flux, le « laissez-aller » vitale, qui évoque une voix de secours, une issue mystique, magique, vers l’ailleurs, l’inconnu absolu, le grand, le sublime, la vie. Lors de l’écoute d’un excellent morceau, on est emporté, malgré nous, par le flot naturel de la vie, et un certain sens de l’existence revient à notre pensée et à nos actions, ce que j’évoquais dans le précédent article où j’exprimais que la synthwave était une musique qui agissait puissamment sur l’énergie et la volonté.

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Un autre point important sur l’iconographie Synthwave : elle me semble profondément évocatrice de l’idée philosophique du Sublime tel que développés par les philosophes d’abord anglais du XVIIIème siècle (Addison, Burke) et ensuite par tout le romantisme allemand, anglais et français. Addison faisait notamment remarquer dans ses Remarks on Several Parts of Italy que « les Alpes remplissent l’esprit d’un plaisant sentiment d’horreur ». Le sublime en philosophie est synonyme de « sans bornes », « sans limites », ou encore « vaste », « grandeur », tout ce qui indique l’excès de la Nature tel qu’elle est, sans retouches humaines, dans son imposant aspect. Le sous-genre du sublime apocalyptique, développé quant à lui par Edmund Burke, peut évoquer maints et maints titres de Darksynth et d’HorrorSynth, tel que le clip du titre de Carpenter Brut, Turbo Killer.

Le soleil, le soleil violet, noir que met en avant la Synthwave, accompagné d’images de montagnes ou encore de palmiers exotiques, évoque le sublime de l’espace, du temps, de la Nature, des grands espaces, du lointain.

Ecoutez par exemple Xurious dans un espace avec un horizon (tel que j’ai pu l’expérimenter près d’une côte du Pays Basque donnant une splendide vu sur l’Atlantique) et on sent tout de suite la parenté entre cette musique et ce paysage sublime. Beaucoup de titres de synthwave ont cette affinité avec le Sublime, avec la vision d’un panorama gigantesque, énorme, profond et qui plonge dans l’infini, l’ailleurs, et nous font nous évader, nous faire méditer, penser, mais à la fois nous reposer et ressourcer, malgré la violence certaine de la musique, mêlant fureur et accalmie, syncope brut et ambiance évanescente.

C’est pourquoi on a affaire bel et bien à une grande musique, au sens noble du terme.

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